« 30 novembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/57], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d17344e3009, page consultée le 03 mai 2026.
30 novembre [1850], samedi matin
Bonjour, mon petit homme. Tranquillisez-vous, le jeune Vilaina a été impénétrable mais je compte sur Louise1 qui n’a pas les mêmes raisons de dévouement et d’affection à votre auguste personne et qui saura très bien me dire tous vos crimes sans en atténuer un seul et même sans en gazer la plus petite nudité. Tout ce que j’ai su de ses propres impressions, c’est que Mlle Ozyb n’est pas amusante dans Le Pont cassé, qu’elle a de vilains gros plis au cou et la figure plus bouffie que d’ordinaire2. Voilà son opinion à lui ; ça n’est pas mal pour un homme qui n’en fait pas son état et votre fils avait bien raison de dire de lui qu’il avait l’esprit du cœur. Je rends une ordonnance de non-lieu quant à présent, me réservant une enquête un peu plus pointue vis-à-vis de Louise et dont les résultats seront effrayants. En attendant j’ai gardé le susdit Vilain chez moi jusqu’à dix heures. Je ne sais pas s’il aura été chez [illis.] mais il paraissait plus disposé à aller se coucher qu’à s’habiller. Pendant que nous dînions est arrivée une lettre de Mme de Montferrier qui me disait qu’elle me priait de ne pas mener mes jeunes filles aujourd’hui parce que son mari était encore très souffrant et qu’elle-même était malade de fatigue. Elle me demande cependant d’y aller dimanche. Je verrai comment je serai moi-même car je suis de mon côté très patraque. Dans cette lettre il y a un mot de Godillon qui m’offre une loge pour une première représentation ce soir mais elle ne se souvient plus à quel théâtre de vaudeville. Son père me l’apportera à cinq heures ce soir. Mon premier mouvement été de l’accepter et d’inviter Vilain mais en y réfléchissant il est probable que je refuserai tantôt pour des raisons à moi connues. En attendant, je vous aime vous, mais ce n’est pas sans peines.
Juliette
2 Juliette ignore que Hugo a été l’amant d’Alice Ozy . À moins qu’elle s’en doute, et que les critiques acerbes qu’elles formulent ici soient le fruit d’une jalousie inconsciente.
a « vilain ».
b « Ozi ».
« 30 novembre 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/58], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d17344e3009, page consultée le 03 mai 2026.
30 novembre [1850], samedi matin, 11 h.
Le hasard qui me sert toujours bien m’envoie une loge de 1ère représentation de vaudeville un jour où je ne peux pas y aller avec toi ; car, pour rien dans le monde je ne veux que tu te trouves dans la nécessité de faire des allumages à la beaucoup trop combustible et inflammable jeune péronnelle en question. Il est probable que je donnerai la loge purement et simplement à Vilain qui en régalera ses amis, voire même ses amiES. Quant à moi je resterai dans mon coin, maudissant les hommes qui se croient obligés de faire la cour à toutes les femmes et les péronnelles assez coquettes pour jouer de la prunelle à la moindre démonstration d’attention qu’on dirige sur elles. J’ai d’autant plus le droit de me plaindre de ces deux calamités que je n’ai jamais usé de ces moyens-là et que j’en suis la victime aujourd’hui, ce qui est profondément injuste. Heureusement que les occasions ne se renouvellent que tous les quinze jours et que dès que Montferrier sera guéri elles ne se renouvelleront plus du tout parce qu’il s’empressera de réclamer son privilège de mécène de péronnelles. En attendant il faut que je fasse bonne mine à triste jeu et que je me prive du seul moment de bonheur que j’aurais pu espérer ce soir par l’amorce de cette première représentation. Quelle chance, pauvre Juju. C’est à en dérider le guignon lui-même en personne. C’est un sacrifice que je fais à la tranquillité à venir de ma vie à laquelle je tiens pourtant bien peu.
Maintenant parlons d’autre chose et tâchons de sourire si c’est possible : PÔVRE BOUGRE. Je t’aime, ce n’est pas très drôle mais je t’embête, voilà l’amusant.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
